Les racines de Ngim au Cambodge

Une passion née dans la cuisine familiale

Dès son plus jeune âge, Ngim côtoie les saveurs de la cuisine cambodgienne dans la capitale du pays : Phnom-Penh. C’est au travers de l’expérience de ses parents qu’elle goûte aux plaisirs de la cuisine asiatique. Ils se lancent en effet dans la restauration en 1980, peu de temps après la fin de la rude période du régime des Khmers rouges qui se termine en 1979. C’est une cuisine particulière, née des influences multiples du Cambodge, que ses parents décident de préparer aux habitants et commerçants du coin. Ce melting pot culinaire cambodgien d’une grande richesse se retrouve encore aujourd’hui dans la cuisine de Ngim.

Souriante, elle se confie sur son passé et la vie de ses parents : « Mon père aimait cuisiner les desserts et ma mère le salé » et elle ajoute non sans une pointe d’humour : « Je suis tombée dedans… comme Obélix. » Une référence à notre culture qui en dit long sur la capacité de Ngim à vivre pleinement sa vie en France. Mais, même si elle aide volontiers ses parents, elle se promet dès l’enfance qu’elle ne suivra pas le même chemin professionnel ; « C’est trop dur ! », dit-elle. « Mes parents se levaient très tôt pour faire les marchés et se couchaient très tard, ils travaillaient toute la journée. »

Elle rajoute par la suite : « Notre cuisine se voulait avant tout familiale, simple et sans prétention, mes parents connaissaient tous leurs clients. Ils avaient une réelle connaissance des goûts et des saveurs, j’ai tout appris en les regardant travailler. » L’ambiance familiale et le fonctionnement au troc connaissent un véritable succès dans leur quartier. La mère de Ngim cuisine en très grande quantité et propose des plats variés qui reposent sur le savoir-faire des différentes régions cambodgiennes. Une partie était destinée à aider les gens démunis suite aux années difficiles du régime Khmer, une générosité dont a rapidement hérité Ngim.

L’héritage de sa mère ne s’arrête pas là puisqu’elle lui a également transmis le goût du management. Ngim a tout appris en la voyant gérer son équipe de 23 salariés. Et tout comme elle, Ngim possède une qualité qui la rend si particulière : en goûtant un plat, elle peut non seulement déterminer chaque ingrédient présent, mais également le reproduire avec une grande habileté.

Le goût des échanges

En parallèle de l’aide qu’elle apportait à ses parents, Ngim gagnait déjà sa vie dès l’âge de 8 ans : « Je suis allée à l’école comme tout le monde, mais j’étais plus attirée par les relations et les échanges. Je suis donc allée à l’école jusqu’en 3e et puis j’ai pris le relais quand il le fallait. » Au cadre strict de l’école, Ngim préfère les marchés, les échanges, les relations humaines, ceci correspondait mieux à son tempérament gai et enjoué. Souvent, elle allait livrer les plats sur le lieu de travail des clients et aux commerçants du coin.

De 1990 à 1995, Ngim enchaîne les activités d’achat et de revente. Elle commerce tout comme ses parents et s’amuse à varier les domaines de vente : des produits fermiers frais aux affaires pour bébé, en passant par la lingerie ou encore les bouquets garnis, etc. Inspirée par sa mère, elle gère elle-même la vente de la production : les paysans montent à la capitale, elle achète en gros puis profite de l’emplacement du restaurant familial pour revendre les produits aux clients de la capitale.

Cette passion des échanges et du commerce est une fibre que l’on retrouve encore chez Ngim, qui préfère développer une proximité avec ses clients, tout comme ses parents avant elle. Elle reversait une partie de son argent gagné à sa tante, qui s’était occupé d’elle et son frère étant petit. Elle donnait également à manger aux Cambodgiens en difficulté. Alors qu’elle semblait échapper à son destin culinaire malgré l’arrêt du restaurant de ses parents en 1995, un rendez-vous particulier l’attendait en France et qui allait tout relancer.

Son mariage avec Leang l’amène en France

La rencontre

Ngim évoque son souhait de voyager et de quitter le climat un peu pesant du Cambodge. Sa volonté de se sentir plus en sécurité et de se confronter à de nouvelles cultures grandit de jour en jour. Sa mère l’encourage dans sa décision. Durant cette période, Ngim reçoit beaucoup de demandes en mariage, mais n’y prête pas attention, elle n’a pas le cœur de rester vivre là-bas. Cependant, un homme, Cambodgien lui aussi, connaît un véritable coup de foudre pour elle alors qu’il habite en France à l’époque. Nous sommes en 1998, Leang tente la grande aventure et essaye de contacter Ngim. Alors que le mariage ne faisait pas partie de ses rêves pour le moment, sa rencontre avec Leang bouleverse totalement sa vision de l’avenir après qu’elle soit tombée à son tour amoureuse.

De cette rencontre hasardeuse, née lors de l’acquisition d’une photo auprès de son oncle, commence une belle et longue histoire d’amour qui dure encore et toujours. Même sans savoir où cette histoire les mènera, les deux jeunes amoureux décident de s’installer en France. Après cette première promesse de mariage que Ngim s’est contentée d’oublier, elle transgresse une nouvelle fois ses principes en acceptant d’accompagner Leang dans la gestion du restaurant asiatique dans lequel il travaille depuis 2 ans.

Malgré ses difficultés d’adaptation à la langue française, qu’elle apprend au contact des clients et en mimant régulièrement auprès d’eux les termes qu’elle ne connaît pas, Ngim semble aujourd’hui évoluer comme un poisson dans l’eau. Satisfaite de son parcours et de sa riche histoire, elle compte sur ses talents naturels de communicante pour étoffer peu à peu son apprentissage.

Le parcours de Leang dans la restauration asiatique

De son côté, Leang a lui aussi bénéficié du savoir-faire de ses parents, qui ont ouvert un restaurant en 1990 en France. Après avoir effectué ses études jusqu’en 1996, Leang décide de reprendre le flambeau avec son frère et la transmission du restaurant asiatique se fait la même année. Pendant deux ans, ils travaillent d’arrache-pied pour fidéliser leur clientèle et faire la différence avec les autres restaurants avec la cuisine asiatique.

Malgré tout, leur mère garde une place importante dans la gestion de celui-ci, afin d’alléger la charge que demande un tel projet. Ils bénéficient de la notoriété de leurs parents et surtout, ils continuent de faire pousser eux-mêmes leurs légumes dans le jardin familial. En 1998, son frère décide de se lancer dans une aventure solitaire à Niort, laissant le futur mari de Ngim seul pour gérer l’établissement.

La naissance du restaurant cambodgien Chez Ngim

Ngim retrouve ainsi l’univers de la cuisine et de la restauration asiatique auprès de son mari Leang. Ils travaillent tous les deux à Asie’Xpress jusqu’en 2008 avant de déménager à cause la nouvelle galerie prévue à leur emplacement habituel. Entre 2008 et 2015, année de création du restaurant cambodgien Chez Ngim, ils continuent leur aventure dans les nouveaux locaux d’Asie’Xpress. Leurs horaires, bien que fatigants, sont supportables grâce au nombre important d’employés.

Cependant Ngim garde en tête son projet, qu’elle conserve bien au chaud depuis tant d’années : celui d’ouvrir sa propre affaire et faire bénéficier aux gens de son savoir-faire unique en matière de cuisine asiatique. Ces longues années à attendre lui ont permis, avec Leang, d’économiser et de prendre le pari risqué de proposer de nouveaux goûts encore inconnus à leur nouvelle clientèle. Ici, pas de buffet à volonté, mais une cuisine qui se partage ensemble, de qualité et qui permet de voyager à des milliers de kilomètres sans bouger un seul pied de la salle.